—Oh! mon aimée! murmura-t-il.
Ce furent les seuls mots que son émotion lui permit de prononcer tout d'abord.
Mlle Ossipoff, qui n'avait point entendu les révélations de Fricoulet, ne comprenait nécessairement rien au trouble de son fiancé, et le considérait avec un étonnement d'autant plus grand que,—comme nous l'avons dit dans les précédents chapitres,—l'humeur du jeune comte s'aigrissait de chaque nouveau retard apporté au retour par la curiosité sans cesse inassouvie d'Ossipoff, et, irrité contre le père, se détachait peu à peu de la fille.
Elle était donc très étonnée, mais, au fond, une grande joie gonflait son cœur; il y avait si longtemps que son fiancé ne lui avait si tendrement serré les mains, si longtemps que sa voix n'avait eu de si affectueuses intonations.
Même, une larme perla à la pointe de ses longs cils, larme de bonheur dont M. de Flammermont surprit le scintillement, dont il comprit la cause, et qui fit naître, en son âme, un cruel remords de son attitude sèche et rancuneuse, depuis plusieurs semaines.
—Qu'arrive-t-il donc, Gontran? demanda Mlle Ossipoff avec un sourire qui trahissait sa joie et pardonnait à l'ingrat.
Il lui pressa les mains avec plus d'émotion encore, et murmura:
—Il arrive, ma chère Séléna, que le bonheur, qui nous fuit depuis si longtemps, veut bien enfin se laisser atteindre.