—Tu sais bien, poursuivit-il, que le vide des espaces n'est pas le vide absolu, lequel, d'ailleurs, impossible à produire, n'est qu'un vain mot; l'espace est sillonné en tous sens, par une quantité d'atomes cosmiques, débris de mondes détruits, et ces atomes peuvent devenir un point d'appui efficace... mais, à condition que notre vitesse soit excessive...

Ossipoff, en entendant ces mots, tressaillit, et s'approchant de l'ingénieur:

—Ainsi, demanda-t-il avec une certaine anxiété dans la voix, vous croyez que l'Éclair pourrait filer assez rapidement pour pouvoir quitter le fleuve corpusculaire?

—Je ne le crois pas... j'en suis certain.

Le visage du vieux savant s'illumina.

—Alors, s'écria-t-il, tout à l'heure, lorsque je parlais d'aller visiter Hypérion, je disais la vérité—sans m'en douter.

Fricoulet ricana.

—Assurément, répondit-il, rien ne serait plus facile que d'aller visiter Hypérion; mais de même que pour faire un civet il faut un lièvre, de même, pour visiter une planète il faut qu'elle existe.

Un flot de sang empourpra les joues du vieillard qui, croisant les bras sur sa poitrine, demanda d'une voix indignée: