uit épouvantable, terrifiante, que celle pendant laquelle Ossipoff et ses compagnons, cramponnés à l'épave qui les portait, roulèrent avec elle à travers les eaux en démence.
Inondés par les vagues, fouettés par le vent qui hurlait à travers l'espace, les malheureux sentaient trembler sous eux le sol fragile qui leur servait de radeau; leurs yeux, dont la frayeur pourtant décuplait l'acuité, ne pouvaient parvenir à percer l'ombre épaisse qui les enveloppait ainsi qu'un suaire noir; mais ils avaient conscience que les flots rongeaient l'île neigeuse, l'attaquaient avec rage, comme des monstres carnassiers attachés à un cadavre auquel chaque coup de dent arrache un lambeau.
À tout moment, ils s'attendaient à voir leur fragile radeau se disloquer, s'émietter et les livrer au gouffre.
Soudain, Farenheit, qui avait pu se traîner jusqu'à une anfractuosité de rocher dans laquelle il se tenait tapi, sentit une main se poser sur son bras.
Il fit un brusque mouvement, pris de peur: cet homme flegmatique, imperturbable, que rien auparavant ne parvenait à émouvoir, avait les nerfs tellement surexcités par l'étrange aventure à laquelle il se trouvait mêlé, que cet attouchement le terrifia.
—Qui va là? grommela-t-il d'une voix étranglée.
—Eh! c'est moi, mon cher sir Jonathan! cria-t-on à son oreille.
—Qui ça, vous? hurla l'Américain qui ne reconnaissait pas l'accent de celui qui lui parlait.