—Et pourquoi donc, demanda Fricoulet, le directeur de l'Observatoire national ne s'empressa-t-il pas d'annoncer une si importante nouvelle au monde savant?
Ossipoff leva les bras au ciel pour déclarer qu'il lui était impossible de répondre à cette question.
L'ingénieur fit entendre un petit claquement de langue significatif.
—J'ai idée, dit-il, que la lumière ne devait pas être fort brillante pour avoir été ainsi tenue sous le boisseau...
La conversation que nous venons de rapporter avait lieu dans la machinerie, où Fricoulet faisait son quart, l'œil à l'oculaire du télescope de vigie, la main sur la roue qui commandait le gouvernail.
L'Éclair courait toujours dans l'espace avec sa rapidité vertigineuse et, d'heure en heure, les voyageurs pouvaient constater un agrandissement du disque neptunien qui barrait, de sa masse énorme, l'horizon céleste.
Maintenant, on pouvait apercevoir, bien que vaguement encore, estompés dans une atmosphère laiteuse et fort épaisse, un nombre assez considérable de corpuscules se mouvant autour de la planète, suivant un plan extrêmement incliné sur l'écliptique et dans un sens rétrograde, tout comme les satellites d'Uranus.
Ossipoff, qui avait signalé depuis longtemps ces corpuscules—grâce à son télescope qui était le plus fort du bord—avait déclaré que c'étaient là les satellites de Neptune.
—Les satellites de Neptune! s'écria Fricoulet, auquel le vieux savant fit part de cette découverte... mais je n'en connaissais qu'un, celui que Lassell a découvert et que l'on aperçoit de la Terre sous l'aspect d'une étoile de 14e grandeur.