—Rien ne servirait d'avoir fait un pareil voyage, bougonna le vieillard, si nous ne devions pas, en avançant, soulever de plus en plus le voile qui cache aux yeux terrestres les merveilles mystérieuses de l'infini... Songez que Neptune est éloigné du Soleil d'une distance égale à trente fois celle de la Terre au Soleil, c'est-à-dire d'un milliard 112 millions de lieues; or, nous sommes maintenant à moins de vingt millions de lieues de la planète... donc...
Fricoulet l'interrompit.
—Vous êtes bien certain de cette distance?
Ossipoff le prit par le bras et l'amena près d'un télescope braqué, à l'arrière, sur le système solaire que les voyageurs venaient de mettre tant de mois à traverser.
—J'ai mesuré le Soleil tout à l'heure, dit-il, et j'ai trouvé 64" de diamètre. Voyez si je me suis trompé; vous vérifierez ensuite si mes calculs sont exacts.
Le jeune homme appliqua son œil à l'oculaire et aperçut alors là-bas, tout là-bas, perdu dans l'obscurité de l'infini, un astre scintillant avec un éclat prodigieux, éclipsant celui de tous les astres environnants: c'était le Soleil.
Un moment, il se sentit singulièrement ému à l'aspect de cet astre merveilleux qui s'offrait à lui sous un disque trente fois plus petit que celui sous lequel, dans le même instant, il apparaissait à ses compatriotes, et en sondant, par la pensée, l'abîme titanesque qui le séparait de sa planète natale, et qui représentait cet amoindrissement.
Involontairement, avant de s'éloigner, il jeta les yeux sur le cahier de notes posé tout ouvert sur une tablette à côté du télescope, et y lut ces lignes:
«Vu de Neptune, disque solaire offre surface 900 fois plus petite que celle apparente pour la Terre—lumière correspondante à l'intensité de 687 pleines lunes—ou encore à celle de quarante millions d'étoiles, égales en éclat au brillant Sirius.»