—S'il est en mon pouvoir de tenir ce que vous voulez que je vous promette, balbutia le jeune homme.

—Écoutez-moi bien, mon cher enfant, poursuivit le vieillard... je ne vous cacherai pas que c'est la mort dans l'âme que je consens à retourner en arrière... Au fur et à mesure que j'ai appris toutes ces choses merveilleuses que j'ignorais, une âpre curiosité s'est emparée de moi de savoir ce que j'ignore encore... Je serais seul que j'irais de l'avant, toujours de l'avant... l'infini m'attire et je m'arrache à lui avec douleur, avec désespoir...

—Père, murmura Séléna, navrée de ces paroles...

Un geste bref du vieillard imposa silence à la jeune fille.

—Songez que, par delà cet horizon mystérieux qui borne notre vue, à des millions de millions de lieues, gravite assurément, indubitablement, un autre monde, invisible aux astronomes terrestres, mais dont l'existence s'affirme indubitablement par les perturbations observées dans la marche de Neptune...

—Eh! interrompit Fricoulet, nous revoici au fameux Hypérion, dont nous parlions l'autre jour.

Le savant laissa tomber sur l'ingénieur un regard de pitié.

—Oui, continua-t-il, c'est d'Hypérion qu'il s'agit, d'Hypérion, sur lequel j'aurais voulu rapporter à terre des renseignements certains... Mais ce que ne peuvent faire les instruments humains, le génie de l'homme le peut accomplir. Témoin Leverrier qui, par le simple calcul et la force du raisonnement, arrive à trouver dans le ciel la place d'une planète invisible. Eh bien! j'ai consacré de longues années de ma vie aux études préliminaires concernant Hypérion;... mais le peu de temps qu'il me reste à vivre ne suffira pas à me permettre de mener à bien ce grand et important travail.

—Mais, mon cher monsieur, s'empressa de dire Gontran, vous êtes bien portant et Dieu vous conservera longtemps à l'affection de votre famille.

Le vieillard secoua la tête.