—Après? répéta Farenheit... ne pouvant dormir, j'avais quitté mon hamac et j'étais venu m'étendre ici, pensant que le changement de place me serait favorable... ah bien! oui, le sommeil ne voulait pas de moi... alors, pour passer le temps, je m'étais mis au télescope et, tout de suite, mon attention avait été attirée par cette étoile qui brillait d'un éclat extraordinaire.

—Pas étonnant, murmura Fricoulet, c'est l'une des plus importantes du ciel austral, après le Centaure.

—À mesure que les minutes s'écoulaient, poursuivit l'autre, ses dimensions augmentaient dans des proportions vraiment stupéfiantes, preuve que nous poursuivions notre route, lorsque, soudain, il y a un quart d'heure à peine—elle s'est mise à diminuer avec non moins de rapidité... preuve...

—...que nous reculons, parbleu!... dit avec assurance Gontran qui commençait à s'émouvoir, lui aussi.

—Preuve que vous n'entendez rien aux choses astronomiques, monsieur Farenheit, déclara ironiquement l'ingénieur; autrement, vous sauriez que η (êta) du Navire est une étoile variable et même la plus variable qui soit, car depuis 1677, époque à laquelle l'astronome anglais Halley l'a aperçue pour la première fois, jusqu'à ces temps derniers, où Gould l'a étudiée, elle n'a cessé de varier d'éclat, tombant de la première jusqu'à la huitième grandeur, pour se relever ensuite et reprendre son premier rang...

Puis, s'adressant ironiquement à Gontran, sur l'épaule duquel il frappa.

—Hein!... ce que c'est que de n'être pas de la partie, ricana-t-il; on s'émeut pour un rien, et d'un point on fait une montagne... donc, mon cher monsieur Farenheit, rassurez-vous... Ossipoff n'est pour rien dans le phénomène qui vous a tant effaré et l'Éclair continue bien sa course vers l'infini.

Une voix derrière lui—celle du vieux savant—dit alors:

—Puisque vous êtes si fort sur ce sujet, monsieur Fricoulet, vous auriez pu ajouter, pour l'édification complète de M. Farenheit, que toutes les étoiles du ciel sont variables, car, conformément aux lois qui régissent l'univers, les soleils naissants ont un éclat de plus en plus vif jusqu'au moment où, après être demeurés stationnaires, ils décroissent, puis finissent par s'encroûter et s'éteindre...