Les mains croisées, le vieillard demeurait immobile (p. 101).
—On pourrait en dire autant des savants, pensa à part lui l'Américain en lançant à Ossipoff un mauvais regard.
—Mais, poursuivit doctoralement le vieillard, la vie humaine est trop courte pour que l'homme puisse enregistrer ce genre de changement et je pense que M. Fricoulet n'a voulu parler que des étoiles à variations périodiques d'éclat, causées soit par le passage d'une planète ou d'un anneau obscur devant le disque de l'étoile, soit par un phénomène analogue à celui de la périodicité des taches solaires... n'est-ce pas, mon cher Gontran?
Directement pris à partie, le jeune homme s'empressa de répondre.
—Certainement... certainement; c'est dans ce sens que j'avais expliqué la chose à Fricoulet, hier soir... Mais, vous savez, quand on n'a l'habitude de ces choses, il arrive que l'on s'embrouille et que la mémoire fait défaut...
Il avait dit cela avec un aplomb si stupéfiant que l'ingénieur ne put s'empêcher de l'admirer.
—Joignez à cela, ajouta Ossipoff enchanté d'avoir un auditoire en présence duquel il pût exécuter ce que Farenheit appelait irrévérencieusement ses acrobaties astronomiques, qu'il y a des étoiles qui ont brillé à certains moments et se sont éteintes plus ou moins complètement, en dehors bien entendu de celles dont l'éclat varie périodiquement...
—...telle cette étoile qui, en 1572, brillait d'un tel éclat que Sirius, Wega, Jupiter même pâlissaient auprès d'elle, et qu'on la voyait en plein jour, trônant dans la constellation de Cassiopée.
C'était Fricoulet qui venait de parler ainsi, se hâtant par sa réponse de devancer la question qui allait immanquablement tomber comme une tuile sur la tête du pauvre Gontran, auquel il demanda:
—N'est-ce pas Tycho Brahé qui donne des détails à ce sujet...