Le jeune comte inclina la tête affirmativement et ajouta:
—On trouve bien d'autres exemples de semblables phénomènes dans le catalogue d'Hipparque et dans l'encyclopédie chinoise de Man-Tuan-Lin, qu'a traduite Édouard Biot.
Fricoulet joignit les mains admirativement.
—Quelle érudition!... s'exclama-t-il.
—Avec l'aide des «Étoiles», le livre de mon homonyme, répondit tout bas le jeune comte.
Ce qu'il oubliait d'ajouter—car sa mémoire ne le servait pas toujours fort à propos,—c'était l'émotion universelle produite par l'apparition de cet astre extraordinaire: l'astrologue Cardan déclare que cette étoile n'était autre que celle qui avait guidé les rois mages au berceau de Jésus, et de Bèze, poursuivant la même hypothèse, proclama que cette apparition annonçait le second avènement du Messie: l'Antéchrist devait être né, affirma Leovetius, la fin du monde approchait et les étoiles allaient tomber du ciel. Cette émotion ne tarda pas heureusement à se calmer: l'étoile avait surgi le 11 novembre; moins de quinze mois plus tard, elle s'évanouissait complètement et, comme les lunettes astronomiques n'étaient pas encore inventées—elles ne devaient l'être que trente-sept ans après,—on ne put savoir ce qu'était devenue la fameuse étoile.
—Et y a-t-il beaucoup d'exemples de semblables apparitions? demanda Fricoulet à Ossipoff.
—Une cinquantaine, environ, depuis l'origine des temps jusqu'à nos jours; la dernière date de quelques années à peine et était située dans la constellation d'Andromède...
Il allait poursuivre; mais il fut interrompu par un bruit sonore qui partait d'un coin de la cabine: Farenheit, assis sur un escabeau, le dos appuyé à la paroi du wagon, ronflait à poings fermés.