Gontran, ayant remplacé son ami, poussa une légère exclamation et ne put retenir ces mots:

—Voilà qui est bizarre!...

Dans la Voie Lactée, il y avait comme une déchirure que semblait produire l'absence totale d'astres; alors qu'en certains endroits, il y en avait un fourmillement qui illuminait l'espace, là, c'était une vaste solitude, morne, obscure, faisant dans le scintillement merveilleux des étoiles un trou, noir, profond, par lequel le regard stupéfait pouvait plonger dans l'infini des cieux, à d'incommensurables distances...

À quelle cause attribuer ces contrées désertes aujourd'hui? Furent-elles autrefois, comme le sont leurs voisines, fécondes en astres, elles aussi, et leur solitude présente est-elle imputable à d'incompréhensibles catastrophes sidérales?

Est-il au contraire indispensable à la pondération de l'univers que des steppes immenses demeurent désertes au milieu des constellations précisément les plus peuplées et les plus brillantes?

Dilemme dans lequel l'esprit humain se perd et se perdra probablement jusqu'à la consommation des siècles.

Et précisément, comme pour former contraste avec ces solitudes, l'œil découvrait au milieu d'elles la constellation du Toucan, amas de soleils qui faisaient comme une île de lumière.

—Voilà qui te prouverait—si tu étais du métier—à quelle distance prodigieuse nous nous trouvons de notre système, dit alors Fricoulet, qui regardait par-dessus l'épaule de son ami; car, de la Terre, le Toucan nous apparaît à l'œil nu, semblable à peine à une petite tache laiteuse, tandis que, actuellement, pour nous, c'est un véritable écrin de diamants dont la beauté et l'éclat ne sont comparables qu'à l'éclat et à la beauté du Centaure.

Durant quelques instants, les deux jeunes gens demeurèrent immobiles, silencieux, intéressés par l'étrangeté du spectacle.