—Il ne faut pas m'en vouloir, Gontran; il s'agit d'un petit service que vous n'êtes pas à même de me rendre... remonter un «spectroscope».
Elle ajouta avec une pointe de malice:
—Et puis, c'est bien assez que mon père vous tourmente, quand il est éveillé, pour que vous puissiez prendre un peu de repos, pendant son sommeil.
Le jeune homme haussa imperceptiblement les épaules et, sans dire mot, demeura debout près de la table, tandis que l'ingénieur s'occupait à ajuster avec une extraordinaire dextérité les différentes pièces du «spectroscope».
On sait que cet appareil se compose de quatre pièces essentielles: 1º un «système dispersé», formé de un ou plusieurs prismes; 2º un «collimateur», disposé pour envoyer sur le prisme un faisceau de rayons parallèles et formé d'un tuyau de lunette fermé par un bouchon percé d'une fente, et d'une lentille; 3º une lunette dont l'axe est dirigé de manière à recevoir les rayons émergents du prisme; 4º un micromètre pour mesurer les déviations et déterminer la position des différentes raies spectrales.
Le spectroscope a été imaginé par MM. Kirchhoff et Bunsen et perfectionné notamment par M. Duboscq et par M. Pellin.
Mais celui dont se servait Ossipoff, et au montage duquel travaillait Fricoulet, était d'une fabrication tout spéciale, imaginée par M. Thollon pour faciliter l'analyse des astres: à vision directe, il suffit de le diriger sur une étoile pour en décomposer la lumière et relever les raies qui caractérisent le spectre de ce corps.
Il est constitué par un «prisme composé», c'est-à-dire formé d'une partie en cristal (crown-glass) et d'une partie liquide (sulfure de carbone), ce qui lui donne une précision et une puissance telles que si l'on examine le Soleil avec cet instrument, il donne un spectre d'une longueur apparente de quinze mètres, où l'on compte plus de 4,000 raies obscures.
—Et avec ça? se décida enfin à demander Gontran, fort intrigué, au fond, par cet instrument d'aspect bizarre.
—Avec ça, mon cher Gontran, dit Séléna parlant à voix basse pour ne pas éveiller Ossipoff toujours dormant, on caractérise la nature des astres; vous savez, n'est-ce pas, qu'en faisant passer un rayon de lumière solaire à travers un prisme de cristal, cette lumière est décomposée en ses éléments et qu'on peut reconnaître qu'elle est constituée de sept couleurs différentes dont la superposition produit le blanc.