Ossipoff se mit à ricaner et s'adressant au jeune comte:
—Ah! ce n'est pas l'imagination qui vous manque! malheureusement entre le produit de l'imagination et les résultats d'études scientifiques, il y a de la marge... Ainsi, vous faites-vous une idée à peu près exacte des singulières années, des bizarres saisons que peuvent produire de semblables révolutions?... non, n'est-ce pas?... eh bien, moi, je vous dis...
Il s'interrompit brusquement, se rappelant l'acquiescement que, quelques instants auparavant, le jeune homme avait donné à sa théorie concernant le satellite de Sirius.
—Pourquoi ne m'avoir pas démenti tout à l'heure et ne m'avoir pas répondu Soleil, quand je vous parlais Planète?
Pris de court par cette question, le jeune homme répliqua avec un haussement d'épaules qui attestait le peu d'importance de la chose.
—Mon Dieu, mon cher monsieur Ossipoff, toutes les opinions sont respectables, en outre, je suis peu partisan de la contradiction, surtout lorsqu'elle s'adresse à une personne plus âgée que moi...
Ossipoff s'emporta.
—Il n'y a pas d'âge! cria-t-il, quand la science est en jeu; nombre de fois depuis le commencement de ce voyage, j'ai incliné ma tête blanche devant votre savoir et rien ne peut m'humilier davantage que cette condescendance à ma vieillesse...
Il se tut quelques instants, marmottant entre ses dents des paroles inintelligibles; puis, brusquement, congédiant Gontran de la main: