Pour le coup, la fureur de l'Américain arriva à son comble.
—By God! elle est forte! Je ne sais pas où je vais, vous-même ne savez pas où vous me menez, vous ignorez peut-être où nous sommes... et je n'ai pas le droit de me plaindre!
D'un bond, Fricoulet se précipita à l'arrière, colla, durant un long moment, son visage à la lunette en permanence contre le hublot et regarda: là-bas, tout là-bas, dans la nuit stellaire, des points lumineux piquetaient, l'espace, et, avec sa connaissance approfondie de la carte céleste, en dépit de l'invraisemblance avec laquelle la vérité s'offrait à lui, il ne tarda pas à s'orienter.
—Ah! le misérable! le misérable! grommela-t-il entre ses dents, tandis que son poing crispé s'élevait au-dessus de sa tête, menaçant un invisible ennemi, c'est lui qui a fait le coup!
Ces paroles étaient trop indistinctement prononcées pour qu'elles fussent comprises de ceux qui l'entouraient; ceux-ci, d'ailleurs, ne songeaient pour l'instant qu'à une chose: savoir où l'on se trouvait.
Fricoulet, heureusement, n'était pas un garçon à se démonter, même devant les événements les plus graves; et apitoyé par la physionomie apeurée de Séléna, aussi bien que par la mine contristée de Gontran, il réussit à recouvrer son sang-froid et dit à son ami d'un ton de bonne humeur:
—Je crois, parbleu bien! que tu ne trouvais pas la Terre, en regardant à l'avant du wagon!... La Terre!... mais elle est par là, mon pauvre vieux.
Et il étendait la main vers le hublot.
—La Terre!... par là!... grommela Farenheit, dans les yeux duquel une flamme folle s'était allumée subitement.