—Oui, mon cher monsieur, ne vous en déplaise, la Terre est par là... et tout notre système solaire également.
—Mais qui? qui a fait cela?
—Dame, répondit l'ingénieur, c'est M. Ossipoff qui a été chargé, cette nuit, de surveiller la machinerie...
—Oh! monsieur Fricoulet! s'écria Séléna en joignant les mains, pourquoi accuser mon père, plutôt que d'attribuer ce qui nous arrive à quelque incident indépendant de sa volonté.
—En effet, dit à son tour Gontran, ému des regards suppliants que la jeune fille attachait sur lui, n'arrive-t-il pas fréquemment sur Terre, que des transatlantiques s'égarent au milieu de l'Océan?... à plus forte raison l'Éclair ne peut-il pas avoir dévié de la vraie route, sans que celui qui était de quart s'en aperçût.
L'ingénieur eut un haussement d'épaules plein de scepticisme et répondit avec assurance:
—Mais ce ne serait donc pas pour vous une satisfaction que de lui casser les reins avant de mourir? (p. 19).
—Inadmissible... Admettriez-vous qu'un transatlantique allant à New-York, se trouvât, d'une heure à l'autre, le cap tourné vers Le Havre?... Eh bien! c'est ce qui nous arrive; le Soleil, que nous avions hier en proue, nous l'avons maintenant en poupe. L'Éclair a viré bord pour bord, ce qui n'aurait pu se produire, si une main n'avait touché au gouvernail; et cette main ne peut être que celle de M. Ossipoff, qui, en dépit de sa promesse, n'a pu résister à la tentation de soulever le voile mystérieux qui enveloppe l'existence d'Hypérion.