L'ingénieur regardait son ami, railleusement, durant qu'il parlait, et un petit sourire moqueur courut sur sa lèvre quand il eut fini; sourire qui signifiait clairement: «Mon bel ami, nous verrons tout à l'heure, si ton scepticisme est aussi résistant qu'il le paraît...
Séléna, alors, intervint.
—Permettez-moi de vous dire, cependant, mon cher Gontran, qu'une foule de prédictions, basées sur la connaissance des astres, se sont réalisées de point en point;... voyez l'histoire...
Le jeune homme haussa les épaules.
—Parbleu!... vous figurez-vous que ceux qui faisaient métier d'astrologie, fussent des imbéciles?... loin de là! ils alliaient à une très grande finesse, à une très grande profondeur de vue, une connaissance très étendue des hommes et du cœur humain... sans compter qu'ils avaient dans les milieux politiques des espions qui les tenaient au courant de ce qu'on disait, même le plus secrètement... En sorte qu'il ne leur était guère difficile, sachant ce qui se méditait contre tel ou tel personnage, ce qui se préparait concernant tel ou tel événement, de prédire l'avenir, presqu'à coup sûr... en ayant l'air de baser leurs prédictions sur leurs combinaisons charlatanesques...
—Permets, cependant, essaya de dire Fricoulet.
Mais l'autre était lancé et, lui coupant la parole:
—La meilleure preuve que je suis dans le vrai, c'est que la clientèle des astrologues ne se recrutait que parmi les personnages, ceux sur le compte desquels il était facile d'avoir des «tuyaux». C'est ce qui a fait dire à Voltaire qu'il n'y avait d'étoiles que pour les grands, le reste étant de la canaille dont les astres ne se mêlaient pas.
Fricoulet répliqua ironiquement:
—Il faut donc croire que tu es un personnage, car voilà un thème de nativité tel que bien des grands de la terre n'en ont jamais eu.