Mais, sans doute, Gontran avait-il comme un pressentiment que ce thème cachait quelque tour nouveau de son ami, car il s'empressa d'ajouter:

—Et il n'y a pas que Voltaire qui ait affirmé, non seulement son incrédulité, mais son mépris, en ce qui concerne la manière dont les astrologues jonglent avec les astres... Bien avant lui, Shakespeare a dit...

—Shakespeare!... observa narquoisement Fricoulet... tu es sûr?

—Comment! si j'en suis sûr! alors que j'étais attaché à l'ambassade d'Italie, nous avons joué chez l'ambassadeur d'Angleterre un acte du Roi Lear...

—En anglais!...

—Parbleu!... nous vois-tu jouant du Shakespeare en français chez l'ambassadeur d'Angleterre!

—À la grande rigueur, je pourrais te voir... mais enfin... et alors?...

—Alors... je me souviens que je débitais cette tirade: «Quoi! lorsque nous sommes malades ou dans l'infortune (ce qui nous vient souvent de notre mauvaise conduite) nous rendrons responsables de nos souffrances le Soleil, la Lune et les étoiles!... comme si nous étions méchants par nécessité! fous par ordre du ciel! fripons, voleurs et traîtres par une prédominance des astres! buveurs et menteurs par une obéissance forcée à l'influence d'une planète!... comme si tous nos vices descendaient d'en haut!... admirable invention que de mettre nos passions sur le compte d'une étoile!... Mon père et ma mère furent unis sous le signe du «Dragon» et je naquis sous la «Grande-Ourse»... de sorte que je dois être rude et sans honte!... Bah! j'aurais été ce que je suis... alors même que la plus petite étoile n'aurait pas présidé à ma naissance!»

Emporté par son sujet, le jeune homme avait débité cette tirade, tout d'une haleine, comme s'il eût été en scène, avec le feu et l'apparente conviction qu'y eût mis un véritable acteur.

—Merci de nous avoir dit cela en français! ricana Fricoulet; car, sans cela, j'eusse été incapable d'apprécier le grand dramaturge anglais dans sa langue natale...