—Elle!... c'est elle!...

Ce n'était autre que l'étoile marquée au catalogue de Groombridge, sous le nº1830, l'une des curiosités de la Grande Ourse, à laquelle elle appartient, ou plutôt à laquelle elle semble appartenir.

Combien de fois, durant ses nuits d'observation, à Poulkowa, l'avait-il examinée, cherchant à surprendre le secret de cet astre énigmatique, dont la vitesse foudroyante défie tous les calculs, déconcerte toutes les suppositions...

—Ah! cette fois, tu ne m'échapperas pas! grommela-t-il entre ses dents, sa première surprise passée, du ton d'un lutteur dont l'adversaire s'est dérobé pendant longtemps et qui se trouve enfin face à face avec lui.

Trois cents kilomètres à la seconde!

Est-ce qu'avec une vitesse semblable, il était possible d'admettre que 1830 Groombridge appartînt à notre univers? c'était de la folie! et une supposition semblable se trouvait en opposition flagrante avec tous les principes scientifiques admis!

«Parmi ces principes, notamment, il en est un d'après lequel un corps arrivant de l'Infini vers la Terre, toucherait le sol de cette planète avec une vitesse de 11 kilomètres 300 mètres, dans la dernière seconde!

«Si l'on connaissait exactement les masses de toutes les étoiles et leur arrangement dans l'espace, on pourrait de même calculer la vitesse maximum qu'un corps acquerrait, en tombant d'une distance infinie vers un point quelconque du système stellaire!

«Eh bien! si nous trouvions qu'une étoile se meut plus vite que cette vitesse, nous en conclurions, n'est-ce pas? que cette étoile n'appartient pas à l'Univers visible, que c'est un simple voyageur, arrivant de l'Infini et ne pouvant être arrêté par l'attraction combinée de toutes les étoiles connues!