Vainement, il chercha à découvrir le mystère dont est enveloppé le système double de ν (nu) dont le compagnon est, depuis deux siècles, demeuré fixe par rapport à l'autre, bien qu'ils soient emportés dans le Ciel par un mouvement propre assez rapide: l'éloignement était trop grand et il dut conclure que la durée de révolution devait être, comme pour l'étoile polaire, de six à sept mille ans.

Ah! s'il l'eût osé, il eût bien détourné l'appareil de sa route pour se rapprocher davantage; mais il entendait le vague bourdonnement que faisaient les voix de Gontran et de Séléna, causant dans la machinerie, et il demeura à son télescope...

D'ailleurs, le panorama qui s'offrait à lui était tellement captivant qu'il y eût regardé à deux fois avant de se déranger: ce fut d'abord ο (omicron) qui formait un couple ravissant jaune d'or et lilas, puis les composantes de φ (psi) immuables depuis 1755, époque à laquelle on les a étudiées pour la première fois, ensuite la fameuse nébuleuse planétaire, de forme ellipsoïdale, au centre de laquelle brille une petite étoile, qui semble être le centre de ce monde en formation.

Cette nébuleuse, Ossipoff l'examina au spectroscope avec un soin extrême et cet examen lui confirma les études qu'il avait faites à Poulkowa: elle était de constitution essentiellement gazeuse et se trouvait dans l'une des phases de transformation planétaire.

Mais ce qui, par-dessus tout, l'intéressa, ce fut la Grande-Ourse, la plus populaire des constellations célestes, la plus reconnaissable entre toutes, grâce aux sept étoiles brillantes qui la composent et dont l'assemblage a reçu, plus particulièrement en France, le nom de «Chariot de David».

Ce fut avec une joie extrême que, rapproché comme il l'était de la constellation, il put surprendre le secret du système physique de «Mizar» et «d'Alcor», chez lesquels les astronomes terriens n'ont pu surprendre aucune trace de mouvement orbital.

Il attribua cette impossibilité à la lenteur du mouvement, si lent qu'il faudrait des siècles pour le constater; peut-être se hasardait-il beaucoup, mais, par emballement, il n'y regarda pas de si près. Peut-être, au fond de lui-même, se disait-il qu'il ne risquait pas grand'chose à être aussi affirmatif, personne ne devant venir contrôler l'exactitude de ses dires.

D'ailleurs, c'était là une chose de peu d'importance auprès de l'événement qui vint tout à coup mettre sa pauvre cervelle sens dessus dessous.

Dans le champ du télescope, au moment où il s'y attendait le moins, une étoile apparut, volant à travers l'espace avec une rapidité inconcevable, rayant l'infini bleu d'une traînée irradiante et, dans un premier mouvement de stupeur admirative, il joignit les mains, s'écriant: