Sans rien dire, l'ingénieur la poussa vers la porte ainsi que ses deux compagnons et revint prendre sa place au chevet du malade.


[CHAPITRE VIII]

LA FIN DE TOUT

érénice, fille du roi Ptolémée Philadelphe, venait d'épouser son propre frère, Ptolémée Evergète, quand la guerre, soudainement déclarée avec Séleucus, roi de Syrie, amena la séparation des deux jeunes époux.

Dans son affliction, la princesse promit de faire à Vénus le sacrifice de sa chevelure si son mari revenait victorieux, et la déesse, ayant exaucé les vœux de Bérénice, celle-ci, le lendemain même du retour de Ptolémée, faisait tomber sous le ciseau les plus beaux cheveux qui se fussent jamais vus sur une tête de femme et les portait au temple de Vénus.

Mais, quelques jours après, cet ex-voto d'un genre tout nouveau avait disparu, volé sans doute par quelque amoureux de la princesse, à moins que la chevelure n'eût tiré l'œil d'un perruquier de l'époque qui y vit matière à fabriquer des postiches superbes.

Quoi qu'il en fût, cela provoqua un gros scandale, d'autant que la douleur de Bérénice se doubla de la fureur de son époux qu'un semblable larcin mit hors de lui.

Pour calmer un peu le couple royal, il fallut alors qu'un astronome du temps, dont la science était fort respectée, un nommé Conon, déclarât que l'auteur du larcin n'était autre que Vénus, elle-même, laquelle, pour honorer en la personne de Bérénice la fidélité conjugale dont elle avait fait preuve en sacrifiant sa chevelure, avait transporté celle-ci au ciel où elle brillait sous forme d'étoiles.