—Laissez-le dire; tenter de l'arrêter lui ferait plus de mal...

Assis sur son séant, l'index levé dans une attitude prophétique, le vieillard se mit à parler.

—Non, rien ne meurt, mais rien ne se crée... dans l'universelle nature, la matière et l'énergie sont indestructibles... depuis la création des Mondes, pas un atome de matière ne s'est détruit, pas une parcelle d'énergie potentielle ne s'est perdue... Si, une fois les planètes mortes et les Soleils éteints, leur poussière demeurait inerte et inactive, l'Univers pourrait-il être ce qu'il nous paraît...

Il s'interrompit, poussa un petit rire moqueur en réponse à des objections que son imagination enfiévrée faisait résonner à son oreille et poursuivit:

—Est-ce que, s'il en était ainsi, les étoiles n'auraient pas eu largement, depuis l'époque de leur formation, le temps de s'éteindre et, relativement aux siècles écoulés, il n'y a que les plus récentes qui brillent... Non... non... nous ne courons ni à l'anéantissement ni à la mort universelle de tout ce que nous connaissons!... La création est la loi de la nature... Quel est le but du créateur? il n'est pas donné à notre infime intelligence de le percevoir... mais l'Infini est éternel!...

Ces derniers mots, il les avait criés plutôt que prononcés, d'une voix rauque et, en même temps, épuisé par ce suprême effort, il se renversa en arrière, la tête immobilisée sur le traversin, la face empourprée, les yeux désorbités, les regards vaguant dans l'espace...

Séléna s'était précipitée; mais Fricoulet l'écartant doucement de la main, lui dit avec calme:

—N'ayez crainte; cette surexcitation va tomber et, dans quelques heures d'ici, vous pourrez le voir calme et souriant comme autrefois; allez prendre un peu de repos... Je suffirai pour le moment.

—Mais voilà quatre jours que vous n'avez dormi! s'exclama la jeune fille.