—Gontran, balbutia-t-il, mon enfant, mon fils... je voulais vous prier de prendre des notes à ma place...
Et, la tête subitement renversée en arrière, les yeux vagues, il se mit à parler comme dans un accès de délire.
—Le Bouvier... Couronne Boréale... le Cocher... le Serpent...
Impressionné, Gontran se pencha vers le lit.
—Mon cher monsieur Ossipoff, dit-il, je vous promets d'étudier au plus près les constellations que nous trouverons sur notre route, de façon à ce que, lorsque vous irez mieux, vous puissiez vous imaginer avoir vu tout cela vous-même...
Mais déjà le vieillard était incapable d'entendre, la fièvre l'avait ressaisi et, pendant que Fricoulet et Séléna s'empressaient autour de lui, l'un lui faisant respirer des sels, l'autre lui faisant, sans discontinuer, des applications d'eau glacée sur le front, le vieillard se mit à parler tout haut, en proie à un état extraordinaire d'exaltation.
—Arcturus!... Arcturus! s'exclama-t-il, tandis que son index levé vers le plafond semblait indiquer dans l'espace l'astre que son imagination, à défaut de ses regards, voyait.
Et, mentalement, M. de Flammermont se rappela, évoqués par ce seul nom, les deux vers de Virgile:
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Arcturum tenuit sat erit suspendere sulco.
Par un phénomène étrange de l'association des idées, il lui semblait entendre la voix du professeur de rhétorique, commentant ces deux vers, expliquant qu'au temps d'Hésiode et d'Homère, Arcturus était consulté comme un oracle de la vie champêtre; Virgile conseillait d'attendre le coucher du Bouvier, dont Arcturus est la plus brillante étoile, pour planter les lentilles et de labourer à l'époque où Arcturus brille au plus haut du ciel.