Les astronomes de ces temps reculés associaient les étoiles aux travaux des champs et Arcturus, particulièrement, était fort redouté, car son retour coïncidait souvent avec l'époque des tempêtes...

Cependant, peu à peu, l'excitation d'Ossipoff était tombée et, grâce aux soins empressés de sa fille, un calme relatif l'avait envahi, si bien qu'il ferma les yeux et s'assoupit...

Alors, sur un signe de Fricoulet, Gontran sortit sans bruit de la cabine et descendit dans la machinerie où l'ingénieur le rejoignit bientôt, portant les différentes pièces du spectroscope qu'il avait démonté.

—Vois-tu, fit-il en réajustant les pièces les unes aux autres, ce qui est un mal pour les uns est un bien pour les autres et l'indisposition d'Ossipoff ne pouvait tomber plus à propos pour te permettre de jouer sans danger ton petit rôle d'astronome en chambre...

—Quelle drôle d'idée, bougonna Gontran, a eue l'auteur des Continents célestes de n'y pas parler des étoiles?

—Drôle d'idée! non; fort logique au contraire... les étoiles n'ont rien à voir avec les planètes. D'ailleurs, que t'importe... puisque tu m'as sous la main et que tu peux me feuilleter à ton aise...

Et, comme Gontran accueillait ces mots par un hochement de tête, l'ingénieur ajouta avec un petit ricanement:

—Oui... oui... je sais bien ce qu'il y a de désagréable pour toi à me demander à moi, ton rival, les éléments nécessaires pour me faire concurrence!... mais, que veux-tu, la situation est comme ça, et ni toi ni moi n'y pouvons rien changer...

Il avait achevé de monter le spectroscope, et, tout en s'occupant de l'orienter devant le télescope, il poursuivit:

—Il faut d'abord que tu saches que le Bouvier, l'une des plus anciennes constellations du Ciel, a changé plusieurs fois de nom, depuis les siècles: on l'a appelé «Arctophylon» ou Gardien de l'ourse, en raison de sa proximité de la Grande-Ourse, Gardien du Nord, Crieur; puis, les Arabes, qui regardaient les quatre étoiles du chariot comme l'image d'un cercueil, l'appelaient Fossoyeur, parce qu'il semblait marcher derrière le corbillard...