En ce moment, voyant Ossipoff se redresser sur son escabeau, comme si ses jambes eussent contenu des ressorts soudain détendus, il alla vers lui, les lèvres entr'ouvertes pour l'interroger; mais, avant qu'il eût prononcé une syllabe, le vieillard lui avait pris les mains et, d'une voix qui tremblait:

—Vous aviez raison, monsieur Fricoulet... dit-il.

—Votre avis, en ce cas?

Les regards d'Ossipoff se tournèrent vers Séléna, une grosse larme roula sur ses joues flétries et l'ingénieur l'entendit murmurer:

—Elle est perdue...

Puis, sans rien ajouter de plus, il desserra l'étreinte qui unissait ses mains à celles de Fricoulet et retourna à son télescope...

Son insatiable curiosité l'emportait sur l'angoisse de cette mort qui guettait l'être le plus cher qu'il eût au monde.

—Eh bien! interrogèrent à la fois Gontran et Farenheit.

Les lèvres de Fricoulet se plissèrent dans une petite moue qui voulait dire bien des choses; il regarda Séléna; mais la jeune fille, comme si elle avait eu la prescience de ce que son père avait dit à l'ingénieur, s'était écartée tout doucement et, maintenant, elle était à genoux sur le plancher, dans un coin de la cabine, les mains jointes, les yeux attachés sur une image sainte, salie, fripée, déteinte, qu'elle avait, depuis le commencement du voyage, réussi à sauver de toutes les catastrophes.

—Pauvre petite, dit-il à mi-voix, sincèrement pris de pitié; c'est ce qu'elle a de mieux à faire.