Alors, à ses oreilles, bruirent soudain ces mots:

—Vous voyez bien qu'il vit...

Ces mots, Sharp en eut soudain la compréhension nette, si nette même qu'il douta qu'un cauchemar pût avoir une semblable netteté et, instinctivement, pour comprendre mieux encore, il allongea les lèvres, dans un geste goulu, vers la gourde.

Une seconde, puis une troisième gorgée lui produisirent dans les entrailles une sensation semblable à la première, mais atténuée, en même temps que le sang congelé dans ses veines se remettait à circuler à nouveau, que son cerveau, dégagé des limbes mortelles dans lesquelles avait failli sombrer son intelligence, se ressaisissait.

Il voulut parler, mais depuis trois ans qu'il vivait seul, en tête-à-tête avec lui-même, il avait pour ainsi dire oublié le mécanisme des lèvres et de la langue; aussi ne commença-t-il par émettre que quelques sons gutturaux et inarticulés, assez semblables à des aboiements.

Néanmoins, il entendit parfaitement qu'autour de lui, les gens murmuraient, tout joyeux:

—Il vit!... il vit!...

Alors, il mit, à parler, toute l'énergie dont, ressuscité depuis quelques instants à peine, il était capable et il balbutia, en russe, car les mots prononcés par les gens qui l'entouraient l'avaient été dans son idiome natal:

—Où suis-je?...

—À Priajenskoï...