Il n'était pas jusqu'à la masse pierreuse sur laquelle il se trouvait étendu, en laquelle il ne reconnût un des débris de la comète de Tuttle par lesquels il avait été accompagné dans sa chute.
Il lui arracha l'une des feuilles qu'il tenait à la main (p. 294).
Comment se faisait-il qu'il fût là, précisément, et non ailleurs! c'était là une question assurément intéressante, au point de vue de la science, et qu'il se réservait d'élucider plus tard; mais, pour l'instant, pouvait-il y avoir quelque chose de plus intéressant que la constatation de son existence?
Il fit un effort violent pour se remettre sur pieds; mais, à sa grande surprise, il lui sembla tout d'abord être tellement lourd, qu'il lui parut impossible de se détacher du sol; mais, presque aussitôt, il se mit à sourire, comprenant que l'effort produit n'était pas suffisant pour amener le résultat désiré.
Privés de pesanteur, pendant près de trois ans, ses membres s'étaient forcément déshabitués d'énergie et, maintenant qu'il reprenait instantanément son poids primitif de 70 kilos, son corps avait besoin, pour se mouvoir comme primitivement, d'une sorte d'entraînement, pour ainsi dire d'une éducation nouvelle.
Mais cela n'était qu'un détail; le principal était qu'il pût, sans tarder, se rendre à Pétersbourg.
Il avait hâte de jouir du triomphe qui l'attendait.
Est-il bien utile de donner, ici, les détails qui accompagnèrent son retour dans la capitale? fort heureusement pour ses projets, l'ancien secrétaire perpétuel avait retrouvé dans un vieux portefeuille quelques roubles papiers au moyen desquels il put se payer une place en troisième classe jusqu'à Pétersbourg et, une fois là, descendre dans un misérable hôtel; car il ne doutait pas que le logement, autrefois habité par lui, ne fût occupé.
Il aurait pu, c'est certain, employer les quelques roubles qui composaient toute sa fortune à télégraphier d'Olonetz au président de l'Académie des Sciences pour lui annoncer sa présence et lui demander des secours; mais il avait jugé qu'il ferait mieux de s'y prendre autrement: il était trop, et depuis trop longtemps, affamé de gloire, pour qu'il ne voulût pas assister aux premiers moments d'émotion que provoquerait sa présence.