Ce fut un cri de stupéfaction et d'horreur, en même temps que le président, désignant à l'appariteur, d'un doigt nerveux, l'intrus, commandait de le jeter à la porte.
Mais Sharp, continuant de s'avancer de son même pas tranquille et pour ainsi dire automatique, écarta l'appariteur et marcha vers l'estrade où se tenait l'orateur.
Celui-ci, peu rassuré, croyant avoir affaire à un fou, jugea prudent de regagner sa place.
Fédor Sharp monta imperturbablement les trois degrés de la tribune et, redressant sa haute taille, que sa maigreur famélique faisait paraître démesurée, il promena, durant quelques secondes, ses regards assurés sur l'assemblée, dont les yeux ahuris, apeurés, convergeaient vers lui.
Puis, il prit en main les notes laissées sur la tribune par le savant qu'il en avait chassé, et un sourire de triomphe éclaira son visage, le rendant plus sinistre encore.
—Messieurs et chers collègues, dit-il enfin d'une voix dont l'accent métallique fit passer un frisson dans le dos de tous ceux qui se trouvaient là, permettez-moi de me féliciter d'arriver juste à temps pour pouvoir apporter dans la discussion que j'ai interrompue, une lumière éclatante...
Ici, Sharp fit une pause et put constater dans quelle stupeur ces mots: «chers collègues», avaient jeté les membres de l'Académie.
—Je vois que vous vous occupiez du bolide qui a traversé le ciel de la Russie, pendant l'avant-dernière nuit et je me permets de vous dire que vous êtes dans l'erreur la plus complète.
Un murmure vague s'éleva, coupé net par la voix stridente de l'orateur.