Pendant six jours, les réceptions, les repas recommencèrent avec accompagnement d'ovations et de fleurs: de nouveau, Fédor Sharp redevint le héros du jour, mais il n'écoutait plus les compliments flatteurs que d'une oreille distraite et les parfums des fleurs laissaient ses narines insensibles.

Il songeait au Brésil, à cette terre que les légendes se plaisent à dorer et à endiamanter sur toutes les faces, et il se disait que, là-bas, les honneurs avaient chance de le mener à la fortune.

Le sort de l'homme est de vivre d'espérance, et, l'espérance aidant, il se fit dans la manière d'être de Sharp une révolution radicale: aimable, souriant, il se montra plein d'entrain dans les préparatifs du départ.

D'abord, il s'agit de scier une assez notable partie de son propre bolide, afin d'avoir un point de comparaison pour étudier celui dont il allait, par delà les mers, dresser l'état civil; et ce ne fut pas une petite affaire, car il fallut procéder, comme on procède pour les pierres de taille, le corps savant ne voulant entendre parler ni de pioches, ni de pics, encore moins de mines.

Ensuite, il s'agit de procéder à un emballage minutieux, car il fallait que l'«échantillon», ainsi que disait Sharp, arrivât non brisé; il était par-dessus tout urgent de mettre les différents éléments constitutifs du précieux bradyte à l'abri des principes dissolvants de la brise marine; et cela donna lieu à un emballage d'un genre spécial et coûteux.

Puis, il fallut transporter de Pétersbourg à Odessa cet encombrant colis, et quatre trucks accouplés par un système de passerelle furent nécessaires pour le contenir; ces trucks furent attelés au train spécial que le ministre des Voies et Communications mettait à la disposition de Sharp et de ses compagnons.

Une fois à Odessa, où l'on arriva l'avant-veille du départ, l'explorateur céleste dut partager son temps entre les réceptions auxquelles il lui fallut prendre part, et les soins nécessaires au transbordement de l'«échantillon» du train sur le pont du navire.

Enfin, on appareilla, et ce fut vraiment un beau spectacle que ce steamer pavoisé aux multiples couleurs de toutes les nations dont les représentants se trouvaient à bord, franchissant la jetée aux acclamations d'une foule en délire qui ne cessait d'applaudir et de crier, que pour écouter, tête nue, toutes les fanfares de la ville exécutant à l'unisson le «Boje Tsara Krani!...»

Sharp avait tellement supplié qu'il avait obtenu de monter en croupe de l'un des cavaliers (p. 307)