Le banquet fut ce que sont tous les banquets officiels, c'est-à-dire une suite non interrompue de plats refroidis où des viandes déguisées flottent dans des sauces poivreuses et innommables, arrosées de vins généreux, soi-disant des plus hauts crus et qui n'ont coûté à leurs propriétaires que le soin de les baptiser.
Au dessert, commença la série des toasts, et Sharp se levait déjà pour répondre au déluge de compliments sous lequel une quinzaine d'orateurs le noyaient depuis une heure, lorsqu'un valet apporta au président du conseil des ministres, à la droite duquel le héros se trouvait assis, un pli cacheté.
—Urgent, dit le valet...
Le ministre déchira l'enveloppe d'un doigt nerveux.
—Diable! murmura-t-il après avoir parcouru les trois ou quatre lignes que contenait la missive.
Il réfléchit quelques secondes, tira son carnet sur l'une des feuilles duquel il griffonna en hâte quelques mots.
—Ceci, en toute hâte, au ministère de la guerre, commanda-t-il.
Ensuite, se penchant vers son voisin, il lui dit, en souriant:
—Vous ne sauriez deviner l'ordre que je viens de donner, mon cher savant.
Sharp esquissa un geste vague.