—Ce n'est pas le moment des discours, répondit le savant en proie à un inexprimable émoi... Je vous demande la permission de partir par le train qui emporte les troupes... Ma place est là-bas... les intérêts dont il s'agit sont trop considérables... En restant ici, je déserte mon poste qui est à l'endroit du danger...
Ces dernières paroles, il les avait prononcées à haute voix, en sorte qu'au milieu du silence général provoqué par sa surprenante attitude, tout le monde les entendit.
Promptement mis au courant par quelques mots que le ministre jugea de dire pour excuser Sharp, les délégués des sociétés scientifiques se levèrent comme un seul homme et déclarèrent qu'ils accompagnaient leur chef et que les Anglais leur passeraient sur le corps avant de porter leurs mains sacrilèges sur le bradyte.
Seuls, les représentants des académies de Londres s'abstinrent, expliquant dans un langage fort sensé et plein de modération que, tout en blâmant, au nom de la science, l'attitude de leurs compatriotes, ils ne pouvaient cependant risquer de se trouver mêlés à des actes d'hostilité contre eux.
Deux heures plus tard, le train spécial, bondé de troupes et de savants, s'arrêtait en gare à las Pueblas et, à la lueur des torches, les savants, emboîtant le pas aux fantassins, se dirigèrent vers l'endroit où gisait le précieux bloc.
La cavalerie avait pris les devants de manière à déblayer le terrain par quelques charges pacifiques et à empêcher toute effusion de sang. Sharp avait tellement supplié l'officier commandant le détachement qu'il avait obtenu la faveur de monter en croupe d'un des cavaliers.
Et c'était une chose étrange et grotesque tout à la fois que cet homme, long, maigre, en habit noir et cravate blanche, enlaçant de ses grands bras la taille du soldat, tandis que son pantalon, remonté jusqu'aux mollets, laissait voir le bas de la jambe qu'emprisonnaient imparfaitement de tire-bouchonnantes chaussettes blanches.
Le maire, en personne, avait tenu à servir de guide et, monté sur un petit cheval plein de feu, il trottait en tête du détachement, tenant au poing une lanterne qui indiquait la route à suivre.
Bientôt, on s'engagea à travers champs et la course devint moins rapide, jusqu'au moment où le guide s'arrêtant, étendit la main devant lui, en disant:
—C'est là!...