Si dans cette enveloppe d'acier se trouvaient ses victimes; si soudain allaient apparaître à ses yeux ceux qu'il avait volés, trahis, ceux qu'il croyait perdus à jamais dans l'infini des cieux, ceux dont, en cet instant même encore, il usurpait la gloire?

Et, chez le misérable, ce n'était pas la torture du remords, c'était l'appréhension de la justice, du châtiment.

Enfin, tout le monde aidant, les pelles, les pioches, les pics avaient fait leur ouvrage: «l'Éclair»,—car c'était bien lui, les lecteurs l'ont certainement reconnu—était dégagé de l'enveloppe rocheuse dans laquelle il séjournait depuis qu'il avait fait, aux environs de Saturne, la rencontre du bolide qui portait Sharp.

Avec mille précautions,—et les savants tinrent à se charger eux-mêmes de cette délicate besogne,—l'appareil fut transporté à quelque distance, et là, après avoir été examiné, palpé, ausculté, il fut décidé qu'on forcerait sans tarder ce qui semblait être l'ouverture de ce coffre étrange.

Sous les coups redoublés des pics, le trou d'homme que des écrous fermaient intérieurement, s'ouvrit: mais alors, il y eut une bousculade, chacun voulant entrer le premier et tous prétendant pénétrer.

On dut procéder par tirage au sort au choix de cinq membres du congrès, chargés d'explorer les flancs de l'appareil, et, hardiment, bien qu'un peu pâles, les cinq savants pénétrèrent.

La face exsangue, les yeux désorbités, sans mouvement, sans souffle, Fédor Sharp attendait.

Un cri retentit à l'intérieur de l'Éclair et un savant sortit, tenant entre ses bras un corps inerte: c'était celui de Séléna; puis successivement apparurent Farenheit, Gontran, Fricoulet et enfin Ossipoff...

À la vue de ce dernier, Sharp poussa un grand cri, porta les mains à sa tête, comme si un choc lui eût brisé le crâne, et tomba raide.

On s'empressa auprès de lui: il était mort!