L'homme s'inclina jusqu'à terre et allait sortir lorsque, toujours servant d'interprète, mais pour le compte de Fricoulet, cette fois, Gontran lui demanda d'apporter des journaux...

—Qu'y a-t-il donc de si important dans cette dépêche? fit l'ingénieur, pour que vous soyez prêt à payer le commissionnaire une somme aussi considérable?

—J'annonce mon arrivée à New-York pour après-demain et convoque en assemblée générale les actionnaires de la Selene Company limited.

—Pour?...

—Pour rendre compte de mon mandat et déclarer qu'ils seront désintéressés jusqu'au dernier dollar, grâce à une part de bénéfices dans la vente de l'«Éclair»...

Fricoulet baissa le nez dans son assiette. L'Éclair! il n'osait faire part au pauvre Farenheit de ses inquiétudes; mais il craignait fort qu'il ne fût liquéfié, volatilisé, en traversant l'atmosphère ou réduit en miettes impalpables, en prenant contact avec le sol...

Cependant, l'aubergiste avait apporté les journaux et il y en avait une quantité assez respectable, vu que les docteurs, dans la précipitation de leur départ, avaient oublié ceux dont ils s'étaient munis, pour rompre la monotonie du voyage de Rio.

Il y en avait de tous formats et de toutes sortes, de toutes langues, des grands, des petits, des politiques, des scientifiques, des mondains, des illustrés, des portugais, des anglais, des français, des russes, etc.; et tous s'occupaient presque exclusivement du fameux aérolithe qui mettait sens dessus dessus le monde savant de l'Univers.

—Parbleu! dit Fricoulet, dont le visage s'irradia d'un sourire satisfait, voilà mon affaire.

Il venait de trouver un journal de Rio, rédigé en français et qui donnait sur l'événement les détails les plus circonstanciés.