—Voyons, soyez franche; ai-je raison?

—Trop... hélas!

—Ah! si, le mariage une fois conclu, ce devait en être fini de tous ces subterfuges, si je pouvais redevenir moi-même, si jamais plus même il ne devait être fait allusion au passé...

—Vous savez bien que c'est impossible! répliqua-t-elle vivement...

Et, après un court silence, elle ajouta pour expliquer ces mots:

—Tout ce que vous venez de me dire, monsieur de Flammermont, voilà quelque temps que je me le dis... je n'ai peut-être pas examiné, comme vous, la situation au point de vue de votre dignité... mais j'ai songé à ce que serait la vie, une fois que nous serions mariés... Bien des fois, sans laisser voir ma tristesse, j'ai remarqué chez vous des signes d'impatience lorsque mon père, notre dupe à tous les deux, vous causait des choses qui lui sont chères et j'ai fini par me demander si tous les efforts que vous faisiez pour vous contenir, afin de m'avoir pour femme, vous auriez la volonté nécessaire pour les continuer, une fois que je vous appartiendrais.

Comme ces paroles semblaient contenir une interrogation, Gontran répondit:

—Mon Dieu, vous savez, un homme n'est qu'un homme... et puis ce rôle me pèse depuis trop longtemps pour que je puisse m'engager...

—Oh! mais je ne vous demande rien... D'ailleurs, ainsi que je vous l'ai dit à plusieurs reprises, l'amour que j'ai pour mon père prime tout autre sentiment, quelque fort qu'il soit... Je sacrifierais tout au bonheur des dernières années qu'il a encore à passer sur terre... et j'ai juré de me consacrer à sa gloire pour qu'après lui, son nom ne meure pas tout entier...

Bien qu'émue, la jeune fille avait prononcé ces mots avec une fermeté qui décelait une immuable résolution.