—Ce serait vous faire injure, ma chère Séléna, dit alors Gontran, que de vous adresser le moindre éloge sur d'aussi beaux sentiments... Vous êtes une femme de devoir,... comme je suis un homme d'honneur... Séparons-nous donc en disant adieu à l'avenir de bonheur entrevu, et suivons chacun notre chemin.

Il s'était levé mais sans abandonner les mains de la jeune fille, comme s'il lui avait semblé que la séparation ne serait vraiment définitive que lorsque cette amicale étreinte se serait dénouée.

—Qu'allez-vous devenir? murmura-t-elle.

Il s'efforça de sourire et répondit:

—La diplomatie m'attend...

Comme il achevait ces mots, voilà qu'au dehors des cris enthousiastes éclatèrent au milieu desquels le nom d'Ossipoff revenait à tout moment.

Réveillé en sursaut, le vieillard se dressa droit sur ses jambes et, tout courant, en dépit de ses jambes défaillantes, gagna la fenêtre.

Dans la cour, une cinquantaine d'individus braillaient à qui mieux mieux, agitant à bout de bras, au-dessus de leur tête, leurs chapeaux et leurs casquettes, tandis que Fricoulet, debout sur la dernière marche d'un perron de pierre qui donnait accès à la posada, criait, lui aussi, à tue-tête:

—Vive Mickhaïl Ossipoff! Vive Mickhaïl Ossipoff!

Puis il fit un grand salut que les personnages lui rendirent; après quoi, il rentra dans l'intérieur de la maison, tandis que les autres gagnaient la rue, en remettant dans leur poche les carnets et les crayons dont ils étaient armés.