—Eh bien! ça y est! s'exclama l'ingénieur en arrivant comme une bourrasque dans la salle où Séléna et Gontran soutenaient, chacun d'un côté, Ossipoff, prêt à s'évanouir de joie... quel succès!... Ah! vous pouvez dormir sur vos deux oreilles... il y a là cinquante gaillards qui se chargent de prouver au monde entier que vous arrivez de l'Écu de Sobieski et même de plus loin, si ça peut vous faire plaisir...

Les mains tremblantes du vieillard se tendirent vers Fricoulet.

—Ah! jeune homme, jeune homme! balbutia-t-il, comment reconnaîtrai-je jamais...

Gontran lui coupa la parole.

—Monsieur Ossipoff, dit-il, pourquoi ne pas charger mon ami Fricoulet du soin de continuer une chose qu'il a si bien commencée... Vous allez être assailli de visites, d'interviews, de lettres... Vous ne pourrez suffire à tout et malheureusement je vais être obligé de m'absenter durant quelque temps... j'ai en France une famille, des amis, que je tiens à rassurer...

—... Et sans doute aussi l'Académie, à laquelle vous ne seriez pas fâché de communiquer le résultat de notre voyage, fit le vieillard soudain mordu au cœur par la jalousie...

—N'ayez crainte, mon cher monsieur; je vous donne ma parole d'honneur de n'ouvrir la bouche à ce sujet, que pour prononcer votre nom; pour en revenir à Fricoulet, il pourrait vous donner un fameux coup de main en répondant aux importuns et en vous aidant dans la rédaction de vos mémoires.

—Hum! murmura Ossipoff, incrédule, saura-t-il?

L'ingénieur étendit la main vers la croisée.

—Ne venez-vous pas de voir comment j'ai su lancer l'affaire! dit-il; croyez-moi, il ne sera pas plus difficile d'emballer des savants que des journalistes.