—Dame, riposta Fricoulet, je n'en sais pas plus que vous, mon cher monsieur Farenheit; tout ce que je puis vous dire, c'est ce que je constate, et je constate malheureusement que nous sommes entraînés avec une rapidité qui, pour une raison que je ne m'explique pas, va toujours en augmentant.
—Et rien à faire?... rien à tenter?
—Pour le moment, rien: misérable corpuscule, l'Éclair est soumis à des influences stellaires inconnues de nous et contre lesquelles, par conséquent, il est difficile de lutter.
L'Américain était abasourdi, promenant ses regards successivement sur toutes les personnes qui se trouvaient là, comme s'il attendait que l'une d'elles prît la parole pour démentir l'ingénieur et affirmer que tout espoir n'était pas perdu; malheureusement ce n'étaient ni Séléna, ni Gontran et encore moins Ossipoff, qui étaient capables de lui regaillardir l'esprit sur ce point.
D'ailleurs, M. de Flammermont, obéissant au conseil que Fricoulet lui donnait, en clignant de l'œil du côté d'Ossipoff, dit en ce moment au vieillard:
—Soit donc, qu'il soit fait ainsi que vous l'avez voulu: poursuivons notre route insensée et souhaitons que la responsabilité que vous avez prise, en agissant ainsi que vous l'avez fait cette nuit, ne pèse pas, à certain moment, trop lourdement sur vos épaules.
Le vieillard, l'esprit tout rempli de ses turlutaines scientifiques, ne voulut voir, dans les paroles de Gontran, qu'un pardon généreux accordé à sa trahison, et, pour le remercier, il tendit les mains vers lui.
Mais le jeune homme se souciait peu, pour l'instant, des étreintes amicales du vieux savant, et, faisant mine de ne point voir le geste de celui-ci, il tourna les talons et rejoignit Fricoulet qu'il avait entendu descendre dans la salle de la machine.
—Mon vieux, fit-il d'un ton grave, je suis homme et prétends avoir la force d'apprendre, sans trembler, le sort qui nous est réservé; donc, j'exige de toi la franchise la plus absolue.
—Eh bien! franchement, je ne sais rien. Ainsi que je l'ai déclaré tout à l'heure à Farenheit, nous subissons, actuellement des forces attractives dont je ne me rends aucun compte. Nous voguons en plein inconnu. Je doute que le père Ossipoff lui-même y comprenne quelque chose, et cependant lui qui est resté pendant presque toute sa vie le nez collé à l'objectif des télescopes...