—Seulement, vous oubliez, mademoiselle, objecta Fricoulet, que son bonheur est fait du malheur des autres;... mais le fait est qu'il paraît être au comble du bonheur...

Ossipoff, soulevé sur son siège, les mains crispées sur le télescope contre lequel il s'écrasait le visage, le corps agité d'un tremblement convulsif, semblait vouloir prendre son élan pour se jeter dans l'espace, attiré qu'il était par la splendeur du spectacle qui s'offrait à lui.

Mais, tout à coup, on l'entendit se demander à mi-voix.

—Est-ce nous qui marchons?... sont-ce ces mondes qui marchent?... ou obéissent-ils, comme nous, à un mouvement de translation générale?...

—Que dit-il? chuchota Gontran à Fricoulet...

Celui-ci sourit et, faisant à son ami signe de le suivre, sortit de la cabine sur la pointe des pieds.

—Étant donné la manie féroce qu'a Ossipoff de t'interroger à tout bout de champ, expliqua l'ingénieur quand ils furent seuls dans la machinerie, évite autant que possible de te tenir à portée quand tu n'y es pas tout à fait obligé... C'est de la prudence élémentaire... surtout lorsque tu risques d'être entraîné sur un terrain que tu ne connais pas...

—Mais,... que voulait-il dire? demanda à nouveau M. de Flammermont.

—Oh! c'est très simple, mais encore faut-il être au courant: les étoiles, dans quelque partie du ciel que ce soit, paraissent, à première vue, se mouvoir dans toutes les directions et avec toutes vitesses possibles; cependant, une étude attentive a fait constater que tous ces mouvements, d'apparence si divers, sont soumis à une loi... et cette loi, c'est notre Soleil à nous qui la régit.

—Pas très clair,... murmura laconiquement le jeune comte.