—C'est au tour de Farenheit de marcher, riposta Gontran avec un bâillement sonore, vainement dissimulé derrière sa main.
Tous trois se jetèrent sur le malheureux qu'ils réussirent à ligoter et à maintenir immobile sur un siège (p. 67).
Comme il achevait ces mots, un bruit de pas légers se fit entendre dans l'escalier et presque aussitôt le gracieux visage de Séléna apparut dans l'encadrement de la porte.
—Mon père s'est endormi, monsieur Fricoulet, dit-elle tout bas; et je venais vous prévenir que M. Farenheit a dit qu'il prenait le quart...
—À merveille; au surplus, pour ce qu'il y a à faire, il pourrait dormir lui aussi; la vitesse qui nous emporte rend inutile toute manœuvre...
Cinq minutes ne s'étaient pas écoulées que tout le monde, à bord, était plongé dans un profond sommeil, sauf l'Américain dont les lourdes bottes martelaient en cadence le plancher de lithium...
Combien de temps dormirent-ils ainsi?
Soudain, un effroyable cri, les éveillant en sursaut, fit accourir en même temps dans la cabine d'Ossipoff, Fricoulet, Gontran et Séléna: un spectacle terrifiant les attendait.
À travers la cabine qu'incendiait une intense lumière entrant par les hublots et formée de toutes les couleurs du prisme, Farenheit errait comme un fou, le visage dans ses mains crispées, courant, sautant, se heurtant rudement aux cloisons contre lesquelles il venait donner tête baissée, tandis qu'Ossipoff, accroché aux pans de son habit, tentait vainement de l'arrêter.