Il termina triomphalement par la formule classique:

—C. Q. F. D.

—Pardon, dit en riant M. de Flammermont, «ce qu'il fallait démontrer», ce n'est pas que la science astronomique est favorable aux importantes affaires qui se traitent au Havre, sur les «Rio» ou les «Martinique», mais bien favorable à elle-même.

Fricoulet arrondit ses yeux.

—À elle-même? répéta-t-il interrogativement.

—J'entends par là que plus on avance dans la science astronomique et moins on est avancé... C'est la science caméléonesque par excellence, qui défait le lendemain ce qui était fait la veille, vous empêche de rien reconnaître dans les travaux de vos devanciers, ou si peu que, ma foi, ce n'est pas la peine d'en parler, et j'avoue très franchement qu'il faut à messieurs les astronomes une foi joliment enracinée, pour qu'ils continuent à travailler dans de semblables conditions...

—Comprends pas.

—C'est facile, cependant, riposta Gontran; prenons, si tu veux, M. Ossipoff; voilà un homme qui s'est usé, on peut le dire, dans la recherche d'Hypérion,—la planète n'existe pas, je le sais, mais supposons qu'elle existe,—il lui assigne une place dans le ciel, fait le tracé de son orbite, établit les lois de sa rotation, pose son poids, son volume, sa densité... Ossipoff est un grand homme, et crac! voilà que, dans cent ans, dans deux cents ans d'ici, les astronomes cherchent Hypérion... disparu, Hypérion... ou bien changé de place... changé d'orbite... de poids... de densité, etc... Voilà Ossipoff traité d'halluciné, à moins qu'on ne le traite d'âne, tout simplement...

Le jeune homme se tourna vers Farenheit.

—Est-ce vrai? est-ce juste? interrogea-t-il.