—Je n'y entends rien, répondit l'Américain imperturbablement; mais cela me paraît fort logique...
Fricoulet haussa les épaules.
—Et moi, dit-il, je t'affirme que le Ciel est tout aussi connu, mieux connu même que la Terre tout entière: des cartes très précises ont été dressées de toutes ses parties par de nombreux astronomes, et, avant peu, la carte photographique de toutes les étoiles, obtenue par voie directe, donnera la position exacte des astres que les astronomes, pour faciliter les recherches, ont associés en constellations...
Cette conversation se tenait dans la machinerie où Gontran terminait son «quart», ayant pour compagnons de veille Fricoulet, intéressé malgré lui par l'étrangeté de ce désert intersidéral dans lequel flottait le wagon, et Farenheit qui, surexcité par cette pensée que l'on tournait le dos à la Terre, au lieu d'avoir le cap dessus, ne pouvait dormir...
Ossipoff, lui, enfermé dans sa cabine, prenait un repos bien gagné par près de trente heures de veille consécutives, et Séléna mettait au net, suivant sa coutume, les notes prises par le savant, au cours de ses observations.
Fricoulet venait de prononcer les paroles rapportées plus haut, lorsque l'Américain, qui regardait distraitement par l'un des hublots, auprès duquel il était assis, hublot passé au noir de fumée, par précaution, s'écria sur un ton admiratif:
—Voilà qui est véritablement superbe!... Venez donc voir, monsieur de Flammermont...
Gontran, blasé depuis longtemps sur toutes les surprises que lui réservait l'immensité céleste, rejoignit nonchalamment Farenheit et colla son visage à côté de celui de l'Américain, trop intéressé pour lui céder sa place et, malgré son scepticisme, le jeune homme ne put s'empêcher de s'écrier lui aussi:
—Épatant!...