—Sapristi! se disait mentalement M. de Flammermont en regardant à la dérobée son futur beau-père, sapristi! qu'est-ce qu'il peut bien me vouloir?

Et son inquiétude était d'autant plus grande qu'ayant fermé soigneusement la porte, le vieillard était venu se planter devant lui et l'examinait à travers ses lunettes, d'un air singulier, tout en passant distraitement sa main sur sa longue barbe blanche; on eût dit qu'il éprouvait quelque appréhension à parler et qu'avant de s'y résoudre il voulait tâcher de découvrir par avance comment son interlocuteur allait prendre la communication qu'il avait à lui faire. Enfin, se décidant, il toussa à deux ou trois reprises, et posant, dans un geste paternel, sa main sur le bras du jeune comte:

—Mon cher enfant, balbutia-t-il d'un air embarrassé et d'une voix dans laquelle il y avait une intonation pleine d'humilité, mon cher enfant, j'ai un aveu pénible à vous faire.

Il se prit le crâne à deux mains, dans un geste vraiment désespéré (p. 84).

Pour le coup, Gontran sentit une sueur froide lui perler subitement sur le front et, tandis que son buste se rejetait en arrière, dans un mouvement brusque, il s'exclamait avec indignation.

—Encore!

Il pensait que le vieux savant avait cédé à quelque nouvel accès de folie scientifique, compliquant plus encore qu'elle ne l'était la situation des voyageurs.

—Mon cher enfant, poursuivit le vieillard sans se troubler, je viens faire appel à toute votre science et à toute votre mémoire...

Cette fois, Gontran sentit un petit frisson lui courir par tout le corps, à fleur de peau, les quelques mots d'Ossipoff lui ayant fait pressentir sur quel terrain allait se trouver placée la conversation.