—Non, monsieur Farenheit, mais ma simple jugeote, de même que ma jugeote, ou plutôt celle de mon ami Gontran, me permet de vous donner un aperçu de ce qu'était l'aspect du ciel il y a soixante-quatre siècles, c'est-à-dire au temps des Pharaons et des premières civilisations chinoises; presque toutes les constellations du ciel austral étaient visibles de l'hémisphère boréal, à la latitude de Paris: le Centaure, la Croix-du-Sud, Canopus, Achernar, l'Autel, l'Indien, tandis que Sirius, Orion, l'Éridan demeuraient invisibles, cachées sous la Terre... cherchez un peu maintenant les constellations australes!... disparues! évanouies!... sous l'horizon, tandis que nous voyons parfaitement le Grand-Chien, l'Éridan, Rigel et autres.

Farenheit se croisa les bras et s'écria:

—Alors, qu'aviez-vous donc à protester si énergiquement, tout à l'heure encore, lorsque M. de Flammermont vous déclarait que l'astronomie était la dernière des sciences...

—Gontran! s'exclama Ossipoff suffoqué...

Il répéta, sur un ton qui trahissait une profonde, une sincère douleur:

—Oh! Gontran...

Fricoulet protesta.

—Mais, vous avez mal compris, monsieur Farenheit.

—M. de Flammermont n'a pas dit cela? cria l'Américain, hors de lui, croyant voir un démenti dans ces paroles.

—Il a dit cela, mais ne l'a point dit avec le sens que lui donne M. Ossipoff; dans sa pensée, l'astronomie est assurément la première des sciences, au point de vue intérêt,—puisqu'il y a consacré sa vie—mais il estime, chacun a le droit d'avoir son opinion, n'est-ce pas? que c'est aussi la dernière, au point de vue des résultats qu'elle donne...