—Êtes-vous bien sûr que vous ne voyiez pas seulement un rayon de lumière, en route depuis cinq ans, le dernier éclat peut-être de cette constellation à son agonie...
Ossipoff courba la tête et demeura silencieux dans une posture méditative.
Mais cette méditation, Farenheit ne fut pas long à l'interrompre par un juron lancé d'une voix tonitruante.
—Ce que je vois de plus clair, là-dedans, clama-t-il, c'est que nous sommes bel et bien égarés à des milliards de lieues de notre patrie et que notre retour chez nous devient de plus en plus problématique.
—Eh! riposta le vieillard, chez vous! chez vous!... Vous n'avez que ces mots-là à la bouche... Franchement, tous nos voyages ne vous ont-ils pas donné le goût...
—De mon foyer! interrompit l'Américain... Oh! parfaitement si, plus que jamais.
—D'ailleurs, mon cher monsieur Ossipoff, dit à son tour d'une voix ferme M. de Flammermont, notre retour sur terre n'est plus en question: ce point a été tranché depuis longtemps et nous ne saurions admettre aucune nouvelle discussion à ce sujet.
—Alors, pourquoi sir Farenheit y revient-il? bougonna le savant.
—Pourquoi... pourquoi!... s'écria l'Américain, parce que plus nous allons et moins vous me semblez d'accord et que je me demande si en nous enfonçant davantage encore à chaque seconde dans l'infini...
—Nous nous rapprochons de la cinquième avenue?... dit Fricoulet en riant, rassurez-vous, mon cher Farenheit, car c'est le seul moyen pour nous de revenir à notre point de départ. Quant à être perdus, ainsi que vous le dites, crainte vaine: bien que les constellations aient disparu, le calcul permet très bien de retrouver la position qu'elles occupaient dans le ciel... Mais parle donc, Gontran, tu restes là, muet, comme si tu te faisais un malin plaisir d'augmenter l'angoisse de ce cher ami!... Répète-lui donc ce que tu me disais il n'y a qu'un instant... Nous sommes en pleine Croix-du-Sud.