7 Juin.—Ce jour-là fut livré, en un bois situé à Boulogne, près Paris, un combat mémorable.
On s’attendait à un engagement sérieux dans l’après-midi. Les curieux étaient venus en grand nombre, alléchés par le spectacle de la lutte. L’affaire promettait d’être chaude, surtout qu’il faisait 25 degrés à l’ombre. La prévoyance des assaillants avait installé d’énormes dépôts de munitions. Vers quatre heures se dessinèrent les premiers mouvements de troupes. Alors, chacun de se dire: «Tout à l’heure, ce ne sera pas tout roses.» Ce qui était d’autant plus exact qu’il devait y avoir d’autres fleurs.
La lutte était circonscrite entre les troupes à pied, celles à cheval et celles en voiture. Il n’était que cinq heures quand le premier projectile décrivit une courbe élégante, à trajectoire qui sentait bon. Il atteignit en plein corsage une admirable jeune fille, victime du devoir, dont le nom est resté inconnu.
L’élan était donné, l’assaut fut impétueux. On se criblait avec un zèle infatigable. Les troupes féminines se faisaient remarquer par la maladresse charmante de leur tir et par leur grâce. Un vieux stratégiste constatait—lorgnette à l’œil—qu’il n’est pas nécessaire qu’il pleuve toute la nuit pour que les troupes soient fraîches.
Qu’elles étaient jolies et joliment équipées. La vieille garde même, à défaut d’admiration, imposait le respect pour sa vaillance et sa tenue.
Le champ de bataille présenta bientôt l’aspect d’un véritable champ de carnage. On se battait presque corps à corps. Quelle lutte est plus excitante, quand les deux sexes sont en présence! Pivoines cramoisies, timides bleuets, obèses hortensias, délicates roses rosées, étoilées marguerites: c’était un feu roulant.
Les munitions s’épuisaient, les assaillants aussi. Puis le jour baissait. On avait aux lèvres la prière de Josué: «Soleil, arrête-toi sur la vallée du Bas-Meudon».
Mais ce fut la lutte qui s’arrêta. Elle avait duré trois heures. La victoire resta au Bien. Mais la terre était jonchée des cadavres sanglants des roses, et les œillets blessés agonisaient...