16 Juin.—Une femme vieille, laide et sordide a été assassinée sur un grabat.

En 1840 parut un livre intitulé: les Belles Femmes de Paris, chapelet de laudatifs en l’honneur des jolies Parisiennes de ce temps-là. Il y est parlé d’une nouvelle venue dans la capitale qui est baronne et bas-bleu. Lancée dans l’émancipation, amie de George Sand, elle passe pour écrire des vers et des œuvres en prose. Les thuriféraires qu’elle prie à souper disent son esprit et sa beauté. Ils tiennent sa noblesse pour irréductible. N’a-t-elle pas pour oncle l’ancien ministre de Charles X? C’est un Montbel; il l’ignore, mais elle ne l’ignore pas. Elle porte, jeune fille, ce nom de Montbel; son mari y joint le sien aussi ronflant, M. de Valley. Personne ne s’avise de gratter le blason de l’époux. Sa femme est baronne, va pour baronne. Une jolie femme, à Paris, a les titres qu’elle veut,—il lui suffit de les prendre.

Rentrons chez la vieille assassinée, morte dans la sanie, rongée de vermine, hideuse.

La loi sait son nom. Cette morte, étranglée par une société d’adolescents, est la baronne de Montbel-Valley. C’est la muse au salon littéraire qui fut, par ses charmes, reine de Paris sous Louis-Philippe.

Que de traités superflus sur l’art d’être belle, quand il n’en est point sur l’art de vieillir!

14 Juin.—On ne savait pas saint Médard si parfaitement acquis aux courses. Pour le Grand Prix, il a cru devoir suspendre le jeu de ses œuvres et de ses pompes. Aurait-il d’autres tuyaux que des tuyaux d’arrosage? Pas d’eau! Les femmes n’ont fleuri l’hippodrome que de parasols.

Foule inouïe, empressée et élégante. Le monde officiel au grand complet; il ne manque pas un bouton de guêtre... présidentiel. Est on venu pour le gagnant? C’est douteux. Il n’est plus le héros de jadis dont le nom se répercutait dans une acclamation sans fin. On en parle comme d’un personnage ordinaire. Les heureux qui ont eu le nez de sa veine le traitent comme un billet de loterie sorti au tirage. Cette année, ils sont courroucés. «Quoi! ont-ils l’air de dire, nous avons aventuré la forte somme sur un candidat si médiocre, et c’est tout ce qu’il rapporte! Jouez donc des veaux!»

Ce n’est pas le noble coursier qui nous vengeait de Waterloo. D’ailleurs, les Anglais s’abstiennent. Le Jardin de Paris s’en plaint. L’insulaire qui augmentait les tarifs, prodigue dans le gain et généreux dans la perte, ne franchit plus la Manche. Tout s’en va, jusqu’au respect montré au vainqueur. Qui se soucie de ses traits? Qui colle à la muraille le portrait de sa monte. Autrefois, il suffisait de l’avoir bouchonné pour être illustre. Un palefrenier de Gladiateur faisait un beau mariage. Approcher du vainqueur, le flatter, passer sur sa croupe en sueur ses gants frais étaient une faveur insigne. Les femmes n’adoptaient de couleurs que les siennes. Qui d’elles portera cette année les couleurs d’Arreau? Victorieux à peine applaudi, célèbre une seconde, qui passe, qui est déjà passé...

25 Juin.—Lona Barrison s’est détachée du peloton. Elle se montre seule, montée sur un bidet blanc. Elle chante d’une voix acidulée comme un bonbon anglais.