10 Août.—La cantinière du 2e zouaves, morte à Vichy, est bien connue partout; mais elle est inconnue au 2e zouaves. La mère Ibrahim, disent les zouzous, quès aco? On consulte les vieux à qui ce nom ne rappelle rien: les anciennes cantinières de l’armée d’Afrique n’en ont pas souvenir.

On presse l’enquête qui ne livre pas la clef du mystère. Il semble acquis que la mère Ibrahim, cantinière au 2e zouaves, et décorée, n’était ni Ibrahim, ni cantinière, ni du 2e zouaves, ni décorée. C’était une jongleuse, qui vivait de ses tours. Le dernier est bon.

Sa légende héroïque est cependant à peine ébranlée.

Les légendes sont indestructibles. Nous avons douté de l’authenticité de cette histoire. Quelqu’un viendra demain qui réparera ce grand acte d’iniquité et prouvera que la mère Ibrahim n’a jamais mystifié ses contemporains.

Elle aura un jour sa statue, faite avec le bronze des canons qu’elle n’a ni pris—ni versés.

15 Août.—La mer ne se flatte pas d’être aimée pour ses beaux yeux glauques. La mer se sait un prétexte et ne s’en fâche pas. Elle monte sur la plage: sa grande voix y est couverte par les potins. Il y a près des cabines des gens dont elle n’a jamais lavé les pieds et qui lui tournent le dos. Ils sont occupés au défilé des demoiselles sur les «planches»—ce trottoir de Trouville. Elle s’estime alors simple intruse et redescend avec un air de murmurer, très confuse et timide: «Si je vous gêne, faut le dire?»

17 Août.—Il a des ailes, il est frivole, il est léger. De celle qui rêve, accoudée dans la fraîcheur du soir, il approche. Elle le chasse, il revient. Sorti par la porte, il rentre par la croisée, ironique et dansant.