Nicolas salue, à ce cri, la main au bonnet d’astrakan. C’est l’acclamation la plus chère à son cœur. Ce que le Tsar aime en Paris, c’est que la Tsarine en est aimée.

8 Octobre.—La duchesse Olga est en cela ravissante que ses dix-huit mois en font un simple petit bébé—comme tous les petits bébés. Elle ignore la très grande importance de son entourage, suce son pouce quand le goût lui en vient, bat l’air de ses poings roses, sourit aux anges ou aux cuirassiers et ne demande pas au protocole l’autorisation de se mettre à quatre pattes. Elle est jolie et spontanée. Elle gazouille comme un enfant naturel, boit son lolo et tire à son papa une barbe qu’elle ne sait pas encore impériale.

Tant de charmes candides lui ont fait une réputation dans le peuple—où les petites filles ne sont plus appelées désormais que des «petites duchesses», et où les nouvelle-nées ne reçoivent plus que le prénom d’Olga.

Et leur biberon est franco-russe.

25 Octobre.—L’idée de la Poupée à la Gaîté est jolie. Elle est d’Hoffmann; on la lui emprunte de temps en temps. Coppelius invente une poupée. Elle a les gestes essentiels, elle va à pas menus, salue, s’incline et sourit—et sourit comme si elle n’était pas de bois. Une vraie femme se substitue à l’automate et ce vieil homme est sans soupçon—tant il y a de la femme dans la poupée ou de la poupée dans la femme. La poupée de la Gaîté est charmante. Elle se nomme Sully, quoiqu’elle n’ait rien de l’ancien ministre de Henri IV, homme austère. Cette pièce vient à son heure; son succès est symbolique. L’idée de l’émancipation gagnerait, dit-on, jusqu’aux poupées de la vie contemporaine qui ne savent que marcher, s’asseoir ou se coucher. On commence à en voir dans les Congrès. Elles opinent et font des gestes. Si on leur appuie sur le cœur, elles bégaient déjà: «pa» et «man». Il paraît que ça veut dire «parlement», et que cela cache de grandes ambitions.

6 Novembre.—Jadis, les grands de ce monde faisaient de l’histoire. Aujourd’hui ils font du roman. C’est moins morose. Les salons suivent au jour le jour ce feuilleton qui a pour titre: «L’Enlèvement d’une princesse ou le triomphe de l’Art.»

Don Carlos avait appelé près de lui, pour décorer son château, le peintre Folchi. La fille du prétendant vit l’artiste et s’en énamoura, encore qu’il fût marié. Ayant eu vent de l’idylle, Don Carlos congédia Don Juan et surveilla la demoiselle. «Mais il n’est verrou ni grille qui soient sûrs garants de la vertu des filles». Et Dona Elvira, comme une héroïne de Beaumarchais, s’est enfuie.