Les spectateurs applaudissent à cette moralité qui les touche. Ils font même bisser. Mais la gigue n’est pas étrangère au bis.
3 Octobre.—Homson disait de l’Angleterre: «Rien n’y est plus constant que l’inconstance des ajustements.» Cette inconstance n’est pas qu’anglaise. Nous avons vu régner les manches plates, puis les manches bouffantes, puis les manches plates, et revoici les manches bouffantes. Nos féminins en sont ravis. Ces boursouflures appellent leurs bons offices au vestiaire. L’énorme vessie ne s’introduit dans le manteau que par le concours d’une main empressée. «Vous permettez, Madame?»—«J’allais vous en prier, Monsieur...» L’officieux insère dans la manche extérieure les plis rebelles, courant de l’aisselle à l’épaule, s’attardant aux environs. Ce n’est rien: une attention de galant homme. Il serait assez payé, retirerait-il ses doigts sans un merci. Car le toucher est un sens—et sur ce qui l’emporte du toucher sur la vue ou de la vue sur le toucher, les maîtres-ès-voluptés, disputent encore.
4 Octobre.—Le Tsar est attendu. Quelle surprise ménager au plus absolu des monarques en visite chez la plus républicaine des nations? Paris cherche quelque coquetterie raffinée dans le puéril et le charmant qui est sa manière. Une idée. En cette saison, les arbres sont nus. Serait-il pas ingénieux de les printaniser? Des fleurs! mais on en sait faire de si jolies qu’y serait pris Juin, fleuriste des prairies et des buissons. Et voilà, dans les branches, juchées des Parisiennes de la rue du Caire qui font la toilette des marronniers du Rond-Point.
Le Tsar va passer.
En attendant, les souvenirs passent. En ce même lieu, au temps des malentendus, un tsar, avec ses cosaques, défila. Que c’est loin! Nul se le rappellera que pour trouver plus douce l’heure présente. Nul, devant le gentil sire, ne dira, évoquant le contraste: «Des arbres qui fleurissent pour Votre Majesté, les chevaux de l’Ukraine broutaient jadis l’écorce...»
7 Octobre.—«Vive le Tsar!» L’agile Parisienne a grimpé tout en haut. Elle ne veut rien perdre du spectacle. Sous ses jupes, dont elle ne songe point à corriger les écarts immodestes, les regards polissons trouveront quelque aubaine; mais il n’est de regards que pour Sa Majesté l’Empereur de toutes les Russies. Le voir et le revoir encore, en sa voiture de gala, frêle, un peu blond, l’œil doucement mélancolique, et comme las déjà de sa lourde grandeur.
A côté de lui, la Tsarine, les traits dessinés nettement, d’une santé de haute couleur, avec une gravité bonne, s’incline, gracieuse, et, à fleur de lèvres, sourit. Le peuple conquis, sans s’inquiéter s’il est dans l’esprit du protocole, crie: «Vive la Tsarine!»