Peut-être aussi, parfois, au cortège des rieuses et des énamourées, viendraient-elles se joindre celles qui, du pimpant rivage, sont revenues ne rapportant que des blessures et des regrets. Grondeuses, au gentil imagier, elles feraient des reproches, comme à un guide qui les égara. Mais lui, n’en aurait cure. S’il parlait, ce serait pour dire:

—Je n’ai point prétendu qu’était fortunée la rive où abordait la nacelle emportant vers Cythère les couples extasiés. J’ai répandu, au contraire, sur les traits des passagers une grâce souriante et triste. L’espoir s’y allie à la crainte. J’ai prévu les déceptions, les gros temps et les naufrages. Les tons de ma palette chantent plus clair que mes sujets, c’est ce qui vous abuse. Mais je savais, pour être son peintre, les tristesses de l’Amour. Et c’est pourquoi, jeune fille, j’ai cette bouche amère et ces yeux voilés de tant de mélancolie...»

22 Novembre.—Le féminisme à l’Hôtel Drouot. On vend une lettre de sainte Chantal, fondatrice de l’ordre de la Visitation, et grand’mère de Mme de Sévigné. Elle conseille à sa fille la soumission:

«Les femmes ce doivent tenir pour des esclaves puisqu’elles sont sujettes aux hommes... mais il faut rendre cette soumission pour l’amour de Dieu qui l’a imposée, et me croiés en cecy, ma très chère bien-aimée: ne vous roidisés jamais contre les volontés de votre mari.»

Mme Schmahl a fait, sur le féminisme, une conférence chez la duchesse d’Uzès. Elle a soutenu, devant les dames de l’aristocratie, la nécessité de se roidir contre leurs maris, et de ne plus se tenir pour sujettes. Il y avait là les descendantes de sainte Chantal—et la marquise de Sévigné en la personne de la maîtresse de céans.

27 Novembre.—Les femmes qui ont le goût de la peinture pourront apprendre à peindre. On n’a mis que cent ans à s’apercevoir que Mme Rosa Bonheur devait jouir des mêmes avantages que M. Carl Rosa. L’École des Beaux-Arts n’ignore plus un sexe sur deux. Elle ne demandera plus à qui se présentera aux fins d’étude s’il est homme ou femme, mais s’il est artiste,—par bonne fortune le mot étant des deux genres.

La femme insinue que son ingénuité artistique a pour cause l’insuffisance de ses études—non de ses moyens. Elle recevra désormais le même enseignement que l’homme. Si le niveau de sa conception ne se hausse point, elle ne s’en prendra qu’à elle-même. Elle le sait. Elle est déjà, à cette heure, courbée sous la discipline de l’École, docile aux avis, esclave encore; passive à tout le moins. Les indépendants ne la félicitent pas de cette victoire,—l’une des plus éclatantes de l’année pourtant. Ils ont pour proverbe, et de quelque sexe qu’il s’agisse, que «Quai Malaquais ne profite jamais».