28 Novembre.—Tout est aux panaches. Une élégante avec ses plumes rappelle les commissaires aux armées sous le Directoire. La coiffure actuelle est une façon de centenaire. Ce n’est pas que ce soit laid—nulle mode n’est laide en vertu simplement de ce qu’elle est la mode—mais c’est impertinent. Les spectateurs au théâtre ont crié contre ces écrans majestueux. Voir à travers les légumes de ces potagers, ou la flore luxuriante de ces terrasses de Sémiramis, est un espoir chimérique. Se lever: la dame derrière crierait: «Asseyez-vous, Monsieur, vous m’empêchez de voir». L’Opéra-Comique et la Comédie n’ont admis au parterre que les femmes sans chapeau: les autres théâtres n’ont pas osé porter une main aussi audacieuse sur cette arche sainte, dont la modiste en 1896 a fait un trois mâts.
Le sans gêne de la femme qui puise son impunité dans la courtoisie de l’homme a triomphé de la logique. Un moyen s’offrait pourtant d’obtenir que toutes les femmes vinssent au théâtre en cheveux: c’était de n’autoriser que les chauves à garder leurs chapeaux.
30 Novembre.—Les femmes iront-elles aux colonies? n’iront-elles pas? M. Chailley-Bert les y veut envoyer. La colonie manque de bras—de jolis bras—qui soient un refuge pour les colons.
Ils s’agitent, troublés, sur des couches solitaires que ne visite que l’importun moustique. Les siestes sont sans attrait sur des oreillers que les cheveux de l’aimée ne parfument pas. On fait donc une propagande pour décider les Françaises à joindre ces Français que le célibat exaspère.
Les avocates du féminisme sont outrées. Elles voient dans ce recrutement une variante de la traite des blanches. «La charrette qui les conduira au navire, nous la connaissons, disent-elles, elle a déjà servi à Manon Lescaut.»
9 Décembre.—Cette idée est venue aux poètes de consacrer tout un jour à celle qui leur fut si hospitalière en sa maison. L’heure est bien choisie de l’apothéose, alors que la tragédienne, atteignant au sommet de son art, refait une âme neuve à la sœur de Manon et fixe le geste inquiétant et pervers de Lorenzaccio.
L’élan a été irrésistible qui porta vers l’artiste nos dévotions. Elle était une fois de plus, et plus peut-être encore qu’aucune autre fois, en cette traduction, l’Interprète idéale, sans trahison ni défaillance, et juste à hauteur de l’art qui crée.
Par quel prestige cette femme sait-elle dompter la fatigue de l’effort quotidien? Par le moyen de quel philtre puise-t-elle dans un labeur ininterrompu et vagabond sa vigueur égale et souriante, et comme inlassée? Cette halte, ce soir, toute fleurie d’hommages, n’est pas le «Tircis, il faut songer à la retraite» des classiques et doucereux avis; ce n’est pas l’embaumement dans les parfums: c’est l’expression d’une gratitude qui renonce à attendre le toast des adieux, car la grappe de sitôt n’en sera pas vendangée.
En la voyant, après cette agape sur la scène, passionnée en Phèdre ou rugissante en Posthumia, qui pense à l’automne? Nous sommes en plein été; c’est l’Août ardent, le talent mûr. Cette fête, pour laquelle les lyres s’accordent, ô Sarah! n’est que celle de votre moisson.