La querelle s’est rouverte à cette occasion funèbre. L’immortelle avait-elle des bras au sortir de sa nuit? Comment étaient-ils placés? Quels gestes faisaient-ils? M. Ravaisson, orthopédiste tenace, d’accourir un jour avec des bras fabriqués à l’usage des déesses manchotes. L’honorable savant alla plus loin. Il découvrit un Achille Borghèse qui ne serait qu’un certain Mars à qui la Vénus demandait de goûter les joies pacifiques des voluptueuses étreintes. Grâce à un double moulage, il a rapproché dans une ombre entremetteuse les amants, depuis des siècles séparés. Sa gravité sereine présidait à ce collage d’inclination.

On prétend qu’une maison américaine a refusé de recevoir une reproduction de la Vénus de Milo, la Vénus n’ayant pas de bras. Le chaste M. Ravaisson montre plus d’exigence. Les bras ne lui suffisent point: il y veut un homme dedans.

19 Janvier.—Une princesse apparentée à la famille régnante de Belgique a été enlevée par un tzigane. Roturière américaine, riche à millions, de son or redorant le blason d’un Chimay, elle est entrée, par la chambre nuptiale, dans la société la plus aristocratique. La sensualité de son charme et l’audace de ses goûts lui firent y trouver plus d’envieux que de censeurs. Libre en ses instincts, comme la cavale sauvage des prairies paternelles, toute au jeu de ses luxures, elle chercha, instrument banal, un archet vainqueur. Ce fut un joueur de violon, d’un bronze vigoureux et fruste, aperçu dans la salle publique d’un café où soupait la galanterie. Le tzigane quêtait: elle se donna.

Le prince a su l’aventure. Il n’a point fait d’esclandre, étant un homme bien élevé.

Offensé, il avait le choix des armes: il constitua ses témoins: l’avocat et le notaire et, résolument, s’adressant aux tribunaux, il demanda réparation. Point de violence ni d’humeur déplacée. La faute en fut à sa première hâte, il avait épousé trop tôt. Un Chimay qui veut se garder de graves mécomptes attend, avant de lui donner son nom, que Mme Tallien ait quitté son costume d’hétaïre et qu’ait sonné pour ses ardeurs de thermidor l’heure du berger... ou du tzigane.

28 Janvier.—Une société de femmes connaissant l’hébreu s’agite. Mme Elisabeth lady Souton la mène. Il s’agit d’interpréter la Bible, en ce qui touche les textes sur la femme. Les hébraïsantes démontreront que nous avons mal lu la Genèse. Ève n’est point la grande coupable, que l’homme se plaît à dire. Le serpent, pour l’induire en désobéissance, n’offrit pas à notre première mère des boucles d’oreilles,—comme à une vulgaire cocotte,—mais la connaissance du bien et du mal. L’esprit sérieux d’Ève eût repoussé le bijou: elle fut séduite par l’attrait de la science. Quand le moment de s’expliquer arriva, Adam tout benêt se cachait derrière elle, pleurnichant. Il était piteux.

En présence de cette attitude, Mme Elisabeth lady Souton a décidé ses compagnes à traiter Adam, dans la Bible remaniée par les femmes, de «grand poltron».

2 Février.—La querelle des chapeaux féminins continue. Marseille prend des arrêtés contre les coiffures gigantesques. L’Amérique édicte des pénalités. Chacun propose son remède. Londres voudrait qu’on séparât les sexes; les femmes ne gêneraient plus que les femmes. L’Allemagne rappelle un précédent qui date des chapeaux cabriolets. On affichait dans les couloirs cet avis: